Choisir d'allaiter


Les femmes modernes ont un choix que leurs ancêtres n'avaient pas : celui d'allaiter ou pas. Avant, il y a très longtemps, si on choisissait de ne pas allaiter son nourisson, il avait de très grandes chances de mourir. Aujourd'hui, on va au supermarché ou à la pharmacie acheter du lait maternisé et c'est réglé. Allaiter son enfant est un choix, allaiter son enfant est une mode : "Ah tiens, allaitement exclusif jusqu'à 6 mois, dis donc à mon époque c'était différent, ça change tout le temps, dans quelques années ils nous diront encore autre chose..."

Allaiter, aujourd'hui, relève de la décision. "Avez-vous choisi ?" disent les sages-femmes à la maternité. "Pour votre bébé, qu'est-ce que ce sera, allaitement ou biberon ?" comme on passerait commande au restaurant, "Steak frite ou boeuf bourguignon ? - Attendez... j'hésite, l'allaitement me tente bien mais le biberon m'a l'air aussi pas mal, je crois que je vais réfléchir encore un peu, repassez dans 10 minutes."


Pourtant, si on se renseigne un peu plus sérieusement, on se rend compte très vite que les deux plats ne se valent pas, et qu'à tous les niveaux l'allaitement gagne, pour la maman, pour le bébé. Tous les arguments en faveur du lait maternisé sont en fait des arguments de confort pour les parents et non pour l'enfant. "Pour que la maman puisse se reposer", "Pour savoir la quantité que bébé avale", "Pour que papa s'implique".

 Des arguments de confort pour les parents, parce que les parents, ils en ont déjà assez à affronter, ils doivent se lever le matin pour aller travailler, faire un travail souvent ingrat toute la journée, rentrer tard le soir, faire de longs trajets, affronter les bouchons, la cohue du métro, les mamans n'ont pas la possibilité de tirer leur lait, elles doivent aussi penser à préparer le dîner, étendre le linge, aller faire les courses... Et l'allaitement, c'est moins malléable que le biberon, ça demande du temps, de la patience, de l'endurance.

 Alors oui, le confort des parents... si on peut dire. Leur survie aussi sûrement. Où est leur place, dans cette société moderne ? Comment nait-on parent ? Comment assure-t-on son rôle ? "Faites des gosses, vous inquiétez pas derrière c'est nous qu'on gère, de 2 mois et demi jusqu'à 25 ans, de la crèche au master, vous n'aurez qu'à vous en occuper de 6 heures du soir à 6 heures du matin ! Continuez de troquer votre temps contre de l'argent, on s'occupe du reste !"
 

Cette société, leur permet-elle réellement d'exister dans leur rôle de gardiens de l'enfant ? Leur laisse-t-elle vraiment la liberté de faire leurs choix, leurs vrais choix profond ? Toutes ces mamans que nous croisons et qui nous disent avoir dû arrêté d'allaiter "car je n'avais pas assez de lait", "car mon lait n'était pas assez nourrissant" et auxquelles nous répondons par un sourire compréhensif tout en s'indignant intérieurement : comment a-t-on pu leur dire de telles bêtises !!

 Sûrement parce que c'était plus pratique pour le soignant, que ça demandait moins d'effort et moins de temps... et que du temps, les soignants n'en ont plus, qu'ils ont des comptes à rendre, que le temps c'est de l'argent. "Oui, je vois bien qu'il hurle votre bébé de 3 jours quand je lui mets le thermomètre dans l'anus alors qu'il sort du colostrum, mais j'ai pas le temps d'attendre, j'ai 20 chambres à faire, alors si je devais prendre le temps pour chaque enfant je n'aurais jamais fini à l'heure." Pauvre sage-femme stressée, débordée, comment en est-tu arrivée là ? À devoir te fermer aux cris d'un bébé de 3 jours pour pouvoir rester debout jusqu'à la fin de la journée...


Nous avons de la chance, la chance d'avoir conscience du choix. Nous choisissons à deux et nous choisissons d'allaiter. À travers cette décision, nous nous rattachons à la nature de notre enfant, à son continuum. Nous décidons d'écouter avant tout son confort, de respecter ses besoins. Et ce choix n'est pas toujours facile, pas toujours évident, les besoins de notre nouveau né bousculant fréquemment notre habitus bien ancré. Mais à travers ce choix, nous partons en voyage, un voyage vers notre propre humanité, vers notre propre continuum. Et quel beau voyage...

ps. pour chercher à comprendre : l'art de l'allaitement maternel - Le concept du continuum

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